Cartagena
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 30 Avril 2026
Résumé | Test Complet | Actualité
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario : Yves H.
Dessin : Hermann

L'histoire prend place à Cartagena, une ville fictive ou transposée dans un Mexique gangrené par la toute-puissance des narcos. Dans les quartiers défavorisés, l'avenir est un luxe inaccessible. Pour Álvaro, un jeune homme dont les perspectives sont totalement bouchées, il n'existe que deux voies : devenir junkie ou intégrer le cartel local. Accompagné de son ami Nacho, Álvaro choisit la seconde option et se met au service d'« El Cocho » Arriega, le parrain local. Envoyés pour faire leurs preuves lors d'un rite de passage cruel consistant à exécuter des prisonniers de sang-froid, Álvaro craque. Pris d'un élan de lucidité ou de panique, il retourne son arme et abat Benito, le sadique lieutenant du cartel qui les encadrait.  Devenus instantanément des cibles mouvantes pour le cartel, Álvaro et Nacho n'ont plus qu'une obsession : fuir vers les États-Unis. Mais dans l'ombre, Félix Garzon, un flic quadragénaire aguerri et désabusé qui surveillait le cartel, a assisté à toute la scène. Sans états d'âme, il va manipuler les deux adolescents pour tenter de faire tomber le parrain.

Cet album revêt une dimension particulièrement émouvante et historique pour le monde du Neuvième Art : il s'agit de la toute dernière œuvre d'Hermann, géant de la bande dessinée franco-belge, décédé le 22 mars 2026 à l'âge de 87 ans. Le maître a tenu à achever ses planches sur son lit d'hôpital, guidé par une passion indomptable. Yves H. livre ici l'un de ses scénarios les plus percutants et les mieux rythmés de ces dernières années. L'album évite le piège de la glorification des cartels. Álvaro n'est pas un héros, c'est une « petite main », un guetteur interchangeable pris au piège d'un système qui le dépasse. Le flic, Félix, n'est pas un chevalier blanc ; c'est un homme usé par la ville, prêt à sacrifier des pions pour arriver à ses fins. Les personnages naviguent tous dans une zone grise, guidés par un pur instinct de survie. Le récit est construit comme une course contre la mort, un road-movie étouffant où l'étau se resserre inexorablement à chaque page. Aborder le graphisme de Cartagena demande une certaine sensibilité, car il porte en lui les stigmates de la maladie de l'auteur. Fidèle à sa technique légendaire, Hermann propose des planches peintes en couleur directe. Les ambiances de chaleur écrasante, de poussière et de sueur sont palpables. Les décors mexicains et les scènes nocturnes (notamment au club Indigo) possèdent une force organique incroyable. Si le dessin a parfois perdu de la précision chirurgicale des grandes heures de Jeremiah, le trait reste d'une expressivité totale. Les visages sont burinés, anguleux, marqués par la fatalité. On ressent dans chaque coup de pinceau l'urgence et la volonté de fer d'un dessinateur qui ne voulait pas s'éteindre sans raconter une dernière histoire.

VERDICT

-

Cartagena n'est pas une comédie légère, c'est un polar poisseux, désespéré et d'une efficacité redoutable. Yves H. offre à son père un écrin sur mesure pour ses thèmes de prédilection : la violence humaine, la lâcheté, mais aussi la résilience. Cet album est un magnifique testament artistique.

© 2004-2026 Jeuxpo.com - Tous droits réservés