Sakamoto Days tome 20
Plate-forme : Bande Dessinée
Date de sortie : 07 Janvier 2026
Résumé | Test Complet
Editeur :
Développeur :
Genre :
Bande dessinée
Multijoueur :
Non
Jouable via Internet :
Non
Test par

Nic007


8/10

Scénario et dessin : Yuto Suzuki

Sakamoto Days est une série toujours en cours de parution au Japon et qui a connu vingt-quatre tomes à ce jour aux éditions Shueisha. Comme John Wick l'a découvert, on ne quitte jamais le syndicat du crime. Il faut parfois du temps pour que ce sombre passé vous rattrape. Mais laissez-vous cette époque violente et révolue vous engloutir à nouveau, ou faites-vous de votre mieux pour embrasser votre nouvelle vie aussi étroitement que possible ? Si vous êtes un peu comme le personnage principal de Sakamoto Days, la réponse est évidente. Nouvelle série de l'auteur de manga Yuto Suzuki, Sakamoto Days suit le quotidien de Taro Sakamoto. Il était autrefois un ancien tueur à gages, jusqu'à ce qu'il tombe amoureux d'une fille et mette de côté son côté violent. Mais alors qu'il s'est habitué (et engraissé) à sa nouvelle vie de vendeur, le tueur à gages clairvoyant Shin le retrouve et le supplie de revenir dans le syndicat du crime. C'est alors que des personnes du sombre passé de Sakamoto commencent à apparaître, l'ancien tueur à gages faisant tout ce qu'il peut pour sauver sa famille et lui-même par tous les moyens non létaux nécessaires. Shin se retrouve bientôt à travailler aux côtés de Sakamoto à la supérette, où ils doivent trouver un équilibre entre servir la population et éviter une mort certaine. On apprend rapidement pourquoi Sakamoto a laissé son passé derrière lui, et ce n'est pas simplement parce qu'il s'est marié et a eu un enfant. Sans aller à l'encontre des "règles de la famille", Sakamoto et Shin doivent trouver comment résoudre tous les problèmes qui se posent à eux. Heureusement, il leur suffit de ne tuer personne ; on n'a jamais dit qu'on ne pouvait pas être violent !

Le vingtième tome de Sakamoto Days marque une nouvelle étape dans la série de Yuto Suzuki . Le chaos de l'arc du musée laisse place à un calme tendu, riche en conséquences, en introspection et en retrouvailles inattendues. Après l'affrontement épique avec Takamura et la naissance de la terrifiante fusion Takamura-Uzuki , le manga entre dans une phase de transition qui, loin de ralentir le rythme, explore les dilemmes moraux et émotionnels qui définissent le protagoniste. Il en résulte un tome qui mêle avec justesse le drame le plus humain à l'action explosive et à l'humour absurde qui font de Sakamoto Days une œuvre véritablement unique. Le volume s'ouvre sur un Sakamoto profondément pensif, conscient que sa vie – et celle de sa famille – ne tient qu'à un fil. Suite à l'attentat de l'Exposition de l'Assassin du Siècle, lui, Nagumo et Uzuki sont tous accusés de conspiration par l' Association des Assassins du Japon (AJA) . La situation est intenable : soit Sakamoto élimine Kei Uzuki pour prouver son innocence, soit il anéantit l'AJA. La mort l'attend dans les deux cas. Ce dilemme donne le ton à l'ensemble du récit : le héros doit affronter non seulement ses ennemis, mais aussi son propre destin. Suzuki exploite ce moment pour explorer la dualité de Taro Sakamoto, cet homme qui a renoncé à la violence pour être un bon père, mais qui demeure, au fond, un assassin légendaire. La séquence où il médite en parcourant la ville – éliminant les assassins sans même ralentir le pas – illustre parfaitement l'esprit du personnage : un monstre au cœur tendre, prisonnier d'un monde qui ne pardonne pas la bonté. L'un des points forts de ce volume réside dans la manière dont il réintègre Aoi , l'épouse de Sakamoto, au cœur de l'intrigue. Dans une scène d'un naturel saisissant, ils sont tous deux confrontés à une menace aussi redoutable que n'importe quelle organisation criminelle : la crise économique. Aoi confie à Sakamoto que le magasin familial risque de devoir fermer ses portes faute de clients, face à la montée en puissance des chaînes de supérettes et aux attaques incessantes d'assassins qui terrorisent le quartier. Cette conversation, en apparence anodine, devient le cœur émotionnel du récit. Le dialogue entre les deux personnages rappelle au lecteur que la boutique n'est pas qu'un simple commerce : elle est le symbole de la nouvelle vie qu'ils ont construite ensemble, le refuge qui a permis à Sakamoto de trouver sa place dans le monde. Le bref retour en arrière où l'on voit le couple transformer un bâtiment délabré en leur première boutique est empreint de tendresse et d'espoir, une parenthèse lumineuse au milieu du tumulte. Mais le manga ne s'attarde jamais trop longtemps dans le calme. De ce moment d'intimité émerge l'une des idées les plus folles – et les plus brillantes – de Sakamoto : si l'AJA compte des dizaines de succursales à travers le Japon, pourquoi ne pas transformer Sakamoto Store en une franchise nationale… en prenant le contrôle de l'AJA elle-même ? Cette proposition, à la fois délirante et visionnaire, résume l'essence même du manga : une action débordante, un humour absurde et une critique sous-jacente du pouvoir et de la bureaucratie du monde des assassins.

Tandis que Sakamoto tente de se reconstruire, l'autre thème majeur de ce volume explore le passé d' Uzuki , de Rion et du sinistre orphelinat Al-Kamar. Suzuki y développe un long flashback qui s'apparente à une histoire enchâssée, un récit tragique qui redéfinit la mythologie du manga. À travers les souvenirs de Rion-Uzuki, nous découvrons les origines du conflit : un groupe d’orphelins entraînés par l’AJA comme armes humaines, sous le commandement de l’impitoyable Asaki. Uzuki grandit parmi eux, aux côtés de Gaku et Haruma, et voit son enfance basculer sous le joug des ordres d’assassinat. L’arrivée de Rion dans sa vie fut la première lueur d’humanité, un assassin qui croyait encore en sa bonté, même lorsqu’il n’y croyait plus. L'évolution de leur relation est l'un des aspects les plus poignants de la série. Suzuki y alterne tendresse et tragédie avec une sensibilité rare dans le sh?nen moderne . On découvre Rion et Uzuki vivant cachées, partageant des repas improvisés et des conversations sur un avenir impossible. Lorsque Rion est contrainte de tuer à nouveau pour survivre, Uzuki la confronte, la suppliant d'arrêter de se salir les mains. Mais le destin est implacable : manipulées par Asaki, elles se retrouvent toutes deux impliquées dans le même meurtre. La scène où Uzuki poignarde mortellement Rion sans le savoir est bouleversante. Cette mort, déjà suggérée dans les volumes précédents, prend ici toute son ampleur. Rion meurt en protégeant Uzuki, déclarant qu'il « souhaite que les gens bien le restent ». Ce souhait, impossible à réaliser dans un monde de meurtriers, définit les deux personnages et explique la folie qui s'ensuit pour Uzuki. Lorsqu'il retourne à Al-Kamar et massacre ses anciens ravisseurs, le lecteur comprend qu'il n'y a plus aucun espoir de rédemption. Entre-temps, le présent réserve une surprise de taille : Kindaka , mentor de l’ancien groupe de Sakamoto, se réveille d’un coma de huit ans. Cette séquence, mêlant ironie et émotion, fait revenir l’un des personnages les plus emblématiques de la série. Apprenant qu’il doit plus d’un milliard de yens de frais médicaux, Kindaka décide de reprendre du service… et sa première cible n’est autre que Sakamoto lui-même, dont la tête est également mise à prix pour un milliard de yens. La rencontre entre les deux est spectaculaire. Kindaka fait irruption dans une séance d'entraînement avec Sakamoto, Shin et Heisuke, et ce qui commence comme un malentendu dégénère en un combat digne des meilleurs moments du manga. Suzuki démontre une fois de plus sa maîtrise de la mise en scène : les mouvements sont rapides, les coups brutaux, mais le ton reste comique, notamment lorsque Sakamoto tente de convaincre Kindaka de devenir son mentor afin qu'il puisse entraîner ses coéquipiers. Loin de le rejeter, Kindaka y consent, mais non sans conditions. Il reconnaît le potentiel de Shin et Heisuke, mais prévient que Sakamoto a déjà atteint un stade où seule une confrontation directe avec l'Ordre peut lui permettre d'évoluer. Ce concept – l'idée que le perfectionnement de soi naît du dépassement de l'impossible – est en lien direct avec la philosophie centrale de l'œuvre : la lutte constante pour préserver l'humanité dans un environnement qui ne récompense que la violence.

Au milieu de toute cette intensité dramatique, Suzuki n'oublie pas l'humour qui caractérise Sakamoto Days . La confrontation entre Sakamoto et Torres , un assassin accro aux jeux d'argent et membre de l'Ordre, est un bijou de comédie absurde et d'action débridée. Torres, armé de canons à sable, attaque Sakamoto tandis qu'ils se disputent sur les jeux d'argent, l'argent et la stupidité de tuer par plaisir. Le combat, chorégraphié avec une inventivité digne de Jackie Chan, démontre que l'auteur sait doser violence et humour physique sans perdre le rythme ni la tension. Le combat s'achève par la défaite de Sakamoto, qui médite sur les paroles de son adversaire : compte-t-il trop sur la chance ? Ce doute, en apparence anodin, se transforme en une graine d'autocritique qui marquera son évolution dans les volumes suivants. Ce volume culmine avec la décision de Shin et Heisuke d'infiltrer la prison souterraine de l'AJA, située sous le château d'Okutabi, afin de trouver la mystérieuse voyante dont la clairvoyance pourrait être la clé de leur ascension. Coup de théâtre : tous deux se rendent volontairement aux autorités pour être emprisonnés, scellant ainsi un nouveau chapitre qui promet un mélange équilibré d'action, d'humour et de suspense. Pendant ce temps, Kindaka et Nagumo élaborent des plans parallèles, conscients que la guerre contre l'AJA a commencé. Ce qui, dans un autre manga, serait un simple arc narratif de transition, se transforme dans Sakamoto Days en une véritable montagne russe émotionnelle et narrative, mêlant humour, tragédie et révélations majeures.

VERDICT

-

Le tome 20 de Sakamoto Days trouve un équilibre rare entre émotion et spectacle. Yuto Suzuki nous offre un volume qui mêle introspection, tragédie, humour et rédemption sans renier son identité de manga d'action pur. Sakamoto reste au cœur du récit : un homme qui, même entouré de mort et de chaos, s'accroche à la conviction que le bien existe. Avec le retour de Kindaka, l'exploration du passé d'Uzuki et le début d'un nouvel arc narratif qui plonge au cœur de l'AJA, la série confirme sa maturité et sa capacité à se réinventer sans perdre de son élan ni de son étincelle.

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